Cours pour les pharmaciens

  • 1.1 L’avortement dans le monde
  • 1.2 L’avortement médicalisé – Définition et méthodes
  • 1.3 Techniques approuvées et méthodes d’avortement médicalisé
  • 1.4 Rôle des pharmaciens dans l’IVG médicamenteuse médicalisée
  • 2.1 IVG médicamenteuse médicalisée – Principes fondamentaux
  • 2.2 Continuum de la sécurité dans le cadre de l’IVG médicamenteuse
  • 3.1 Importance de l’examen
  • 3.2 Objectifs de l’examen des clientes
  • 4.1 Facteurs à prendre en compte
  • 4.2 Comment prendre les pilules abortives : Mifépristone + Misoprostol
  • 4.3 Comment prendre les pilules abortives : Misoprostol seul
  • 5.1 Comment gérer les effets prévus
  • 5.2 Comment gérer les effets secondaires courants
  • 6.1 Durée de l’avortement
  • 6.2 Signes d’alerte et comment les gérer
  • 6.3 Clientes qui reviennent – Scénarios courants et comment les gérer
Leçon 1 : un aperçu de l’avortement

Leçon 1 : un aperçu de l’avortement



In this lesson, we will review abortion within a global context, define the various types of safe abortion, and explore the expanding role of pharmacists within safe abortion work. Upon completing this lesson successfully, you will be able to cite global rates of abortion and differentiate between safe and unsafe methods of abortion.


On entend par avortement l’expulsion des produits de conception de l’utérus avant que le fœtus ne soit viable. Un avortement peut survenir de manière spontanée en raison des complications d’une grossesse ou peut être provoqué. Le terme avortement désigne en général l’avortement provoqué au cours d’une grossesse humaine, alors que les avortements spontanés sont appelés dans la langue courante « fausse-couches ».

1.1) L’avortement dans le monde

L’Institut Guttmacher estime que chaque année, entre 2010-2014, il y a eu environ 56 millions d’avortements provoqués (appelés également interruption volontaire de la grossesse ou IVG) à travers le monde. Cela représente une interruption de près de 25 % des grossesses totales survenues durant cette période.1

Il est évident que l’avortement provoqué est une procédure courante à travers le monde. La plupart des femmes cherchent à avorter parce qu’elles tombent enceintes lorsqu’elles ne l’avaient pas prévu. Même si une grande partie de ces femmes présentent un besoin non satisfait en matière de contraception, il est important d’observer que toutes les méthodes de contraception peuvent échouer à un moment ou à un autre, et que les femmes peuvent chercher à interrompre leur grossesse même si elles ont recours à un moyen de contraception.

Lorsque des professionnels qualifiés pratiquent des avortements avec un matériel et les médicaments appropriés, les techniques et les doses correctes, avec de bonnes normes sanitaires et au début de la grossesse, l’IGV est une des procédures médicales les plus sûres. En fait, elle présente moins de risques qu’une grossesse menée à terme. 2

En revanche, les avortements qui ne respectent pas les normes susvisées peuvent donner lieu à des complications pouvant entraîner la mort. L’avortement pratiqué dans des mauvaises conditions (ou avortement non médicalisé) contribue de manière significative à des taux de mortalité maternelle élevés dans les pays en voie de développement. Des études récentes ont montré qu’entre 8 et 18 % des décès maternels à travers le monde étaient dus à des avortements pratiqués dans des mauvaises conditions de sécurité. Le nombre de décès liés à l’avortement en 2014 était entre 22  500 et 44 000. 3 4 5


1Sedgh G et al., Abortion incidence between 1990 and 2014: global, regional, and subregion-al levels and trends, The Lancet, 2016.

2Raymond, Elizabeth G.; Grimes, David A. The Comparative Safety of Legal Induced Abortion and Childbirth in the United States. Obstetrics & Gynecology. 119(2, Part 1):215-219, February 2012.

3Singh S, Darroch JE and Ashford LS, Adding It Up: The Costs and Benefits of Investing in Sexual and Reproductive Health 2014, New York: Guttmacher Institute, 2014.

1.2) L’avortement médicalisé – définition et méthodes

Un avortement médicalisé est une procédure médicale réalisée par une personne qualifiée qui limite le risque de morbidité et de mortalité pour les femmes. Il est donc important que les procédures d’avortement respectent les exigences spécifiques en matière de sécurité.

À l’opposé de l’avortement médicalisé, l’Organisation mondiale de la santé définit l’avortement non médicalisé ou pratiqué dans de mauvaises conditions comme une procédure visant à interrompre une grossesse non souhaitée, réalisée par une personne n’ayant pas les compétences nécessaires et/ou dans un environnement qui ne respecte pas les normes médicales minimales.

Les conséquences sur la santé d’un avortement non médicalisé dépendent des installations dans lesquelles l’avortement est pratiqué, des compétences du prestataire, de la méthode d’interruption de grossesse utilisée, de la santé de la femme et de l’âge gestationnel (ou semaines d’aménorrhée) de sa grossesse. Les procédures d’avortements non médicalisés peuvent comporter une des pratiques suivantes :

  • insertion d’un objet ou d’une substance dans l’utérus, comme des racines, des objets métalliques ou des préparations à base d’herbes traditionnelles ;
  • la dilatation et le curetage réalisés incorrectement par une personne non qualifiée ;
  • ingestion de substances dangereuses ;
  • ou l’application d’une force externe.

Toutes les pratiques susvisées peuvent entraîner un certain nombre de complications médicales, et peuvent, dans bien des cas, mettre la vie de la femme en danger.



4Kassebaum NJ et al., Global, regional, and national levels and causes of maternal mortality during 1990–2013: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2013, The Lancet, 2014, 384(9947):980–1004.

5Say L et al., Global causes of maternal death: a WHO systematic analysis, The Lancet Global Health, 2014, 2(6):e323–e333

6Safe Abortion: Technical and Policy Guidance for Health Systems, Second edition page 18 (World Health Organization 2012):

1.3) Techniques approuvées et méthodes d’avortement médicalisé

Un examen systématique d’éléments de preuves a permis à l’OMS de recommander les méthodes suivantes comme étant des méthodes sûres pour interrompre une grossesse :

  1. L’aspiration intra-utérine (manuelle ou électrique) : il s’agit d’une méthode chirurgicale au cours de laquelle les produits de conception sont retirés par aspiration à l’aide d’une canule en plastique insérée dans l’utérus. Le vide créé, soit manuellement, soitau moyen d’une pompe électrique permet l’aspiration. Comme le matériel utilisé n’est pas métallique et que le vide créé est limité, cette procédure est sans danger et réduit le risque de dommages aux organes, si elle est réalisée correctement. Cette méthode est habituellement utilisée pour interrompre les grossesses jusqu’à 12-14 semaines.
  2. L’IVG médicamenteuse : avec cette méthode, une association de deux médicaments ou des doses répétées d’un seul médicament est/sont administrée(s) pour interrompre la grossesse. Il s’agit d’une méthode non chirurgicale et non invasive pour interrompre une grossesse et retirer les produits de conception. Les deux médicaments couramment utilisés sont le Misoprostol, administré seul, ou en association avec le Mifépristone. L’OMS et d’autres organismes internationaux ont, après examen de plusieurs études cliniques, identifié les schémas posologiques et protocoles les plus efficaces pour l’utilisation de ces médicaments pour un avortement médicalisé. La dose de médicaments utilisés varie en fonction de la durée de la grossesse afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles et limiter les dommages pour la femme. Cette méthode peut être utilisée tout au long de la grossesse, avec des modifications de la posologie des médicaments administrés pour réaliser l’avortement.
  3. Dilatation et évacuation : au-delà de 14 semaines de grossesse, l’OMS recommande une procédure appelée « dilatation et évacuation », dans laquelle des médicaments ou des dilatateurs métalliques sont utilisés pour ouvrir le col de l’utérus, le fœtus étant ensuite retiré au moyen de forceps. Il s’agit d’une procédure chirurgicale complexe et avancée qui doit uniquement être pratiquée par un professionnel de la santé qualifié et compétent et dans un milieu médical approprié.

Il est important de noter que la méthode « dilatation et curetage » (appelée couramment curetage ou D&C) N’est PAS considérée, sur la base des preuves existantes, comme une procédure pouvant être réalisée en toute sécurité, et c’est pour cela que l’OMS ne recommande pas cette procédure comme une procédure sécurisée pour interrompre une grossesse.

1.4) Rôle des pharmaciens dans l’IVG médicamenteuse médicalisée

Les pharmaciens et le personnel de pharmacie constituent un groupe clé d’autresprofessionnels de la santé pouvant jouer un rôle crucial dans l’élargissement de l’accès à l’IVG médicamenteuse médicalisée. Les recherches actuelles provenant de plusieurs pays indiquent que les femmes demandent conseil à leurs pharmaciens lorsqu’elles souhaitent mettre un terme à une grossesse, quelle que soit la situation légale dans leur pays. Cela représente une excellente opportunité pour les pharmaciens et le personnel de pharmacie de jouer un rôle moteur dans l’élargissement de l’accès aux services d’avortements médicalisés, notamment l’IVG médicamenteuse médicalisée au cours du premier trimestre de grossesse.

L’OMS a reconnu de manière explicite les pharmaciens et lepersonnel de pharmacie comme une catégorie discrète de professionnels de la santé ayant un rôle à jouer dans l’élargissement de l’accès à l’avortement médicalisé. L’OMS a, dans le cadre de recherches rigoureuses, recommandé les tâches suivantes comme étant sans risque et efficaces pour les pharmaciens pendant un avortement médicamenteux au cours du premier trimestre de grossesse :

  1. Évaluer si les conditions médicales sont remplies pour bénéficier d’une IVG médicamenteuse
  2. Administrer les médicaments et gérer le processus et les effets secondaires les plus courants de manière indépendante
  3. Évaluer la réalisation de la procédure et la nécessité d’une visite de suivi en clinique.

Ce domaine fait l’objet de plus en plus de recherches et suscite un grand intérêt. Cette formation constitue une initiative visant à améliorer l’aptitude des pharmaciens à aider les femmes à bénéficier d’avortements médicamenteux efficaces et sûrs en leur fournissant des informations exactes et les services adéquats dans le cadre d’un avortement médicamenteux jusqu’à 10 semaines de grossesse.


7Health worker roles in providing safe abortion care and post-abortion contraception, World Health Organization 2015

Leçon 2 : IVG médicamenteuse médicalisée

Leçon 2 : IVG médicamenteuse médicalisée



In this lesson, we will explore Mifepristone and Misoprostol, the two recommended drugs to be used for safe medical abortion. Upon completing this lesson successfully, you will be able to explain both drugs' classification, administration, and pharmacological effects.


2.1 Méthodes de l’IVG médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse constitue le progrès le plus important en matière de soins liés à l’avortement depuis l’aspiration intra-utérine. Elle a révolutionné les services en matière d’avortement. Grâce à l’IVG médicamenteuse, les femmes peuvent bénéficier de services d’avortement médicalisés, sans avoir à se rendre dans un centre de soins, ou avec des visites moins fréquentes. Cela est plus rentable pour les client(e)s et permet aux femmes de jouer un rôle plus actif dans leurs propres soins.

Les symptômes d’un avortement déclenché par médicament(s) sont très similaires à ceux d’une fausse couche. Cette similarité offre plusieurs avantages aux femmes. L’avortement médicamenteux est souvent perçu comme un processus plus naturel pouvant être réalisé dans un lieu sécurisé et privé, aucun instrument chirurgical n’est utilisé, il entraîne des saignements ressemblant à ceux de la femme pendant la menstruation (bien que la douleur et la perte de sang varient et dépendent de la durée de la grossesse).

Mondialement, les deux médicaments recommandés dans le cadre d’un avortement médicamenteux sont le Mifépristone et le Misoprostol.

Mifépristone : le Mifépristone, aussi connu sous le nom de RU- 486, est une hormone ayant une très grande affinité avec les récepteurs de la progestérone dans l’utérus. Administré par voie orale, il a une interaction compétitive avec la progestérone et se fixe sur les récepteurs et en limite ainsi les effets. Cela permet :

  1. Le détachement du sac gestationnel de la paroi utérine
  2. Le ramollissement et dilatation du col utérin ; et
  3. Une augmentation de la capacité des parois utérines à se contracter, préparant ainsi la voie pour l’administration du Misoprostol

Le Mifépristone doit être administré par voie orale, ses effets se faisant remarquer au bout de 12 à 24 heures. Sa durée de conservation peut varier de 24 à 48 mois, en fonction du processus de fabrication.8


8https://extranet.who.int/prequal/content/prequalified-lists/medicines

Savitz, D. A., Terry, J. W., Dole, N., Thorp, J. M., Siega-Riz, A. M., & Herring, A. H. (2002). Com-parison of pregancy dating by last menstrual period, ultrasound scanning, and their combi-nation. American journal of obstetrics and gynecology, 187(6), 1660-1666.

Wegienka, G., & Baird, D. D. (2005). A comparison of recalled date of last menstrual periodwith prospectively recorded dates. Journal of Women's Health, 14(3), 248-252.

Burger W, Chemnitius JM, Kneissl GD, Rucker G. Low-dose aspirin for secondary cardiovas-cular prevention - cardiovascular risks after its perioperative withdrawal versus bleeding risks with its continuation - review and meta-analysis. J Intern Med 2005;257(5):399–414

Misoprostol : le Misoprostol est un analogue synthétique de la prostaglandine (type E1) qui était initialement enregistré pour la prévention des ulcères gastriques liés aux anti-inflammatoires non stéroïdiens. Toutefois, depuis sa découverte initiale, d’autres emplois du Misoprostol ont été identifiés en obstétrique et en gynécologie. Le Misoprostol est actuellement administré dans plusieurs pays pour déclencher l’accouchement, prévenir et traiter les saignements post-partum et soigner les avortements provoqués ou incomplets. Compte tenu de ses diverses utilisations, le Misoprostol est inclus dans la Liste des médicaments essentiels pour adultes de l’OMS. Il est également reconnu par la Commission des Nations Unies comme produit d’importance vitale pour les femmes et les enfants, notamment pour son utilisation dans le cadre d’avortements médicalisés.

Le Misoprostol peut être administré de différentes manières, par voie sublinguale, buccale ou vaginale. Il faut toutefois noter que l’ingestion (lorsqu’il est avalé) de Misoprostol n’est pas recommandée en raison de l’efficacité médiocre de cette méthode en matière d’action utérine.

Si plusieurs voies d’administration existent pour le Misoprostol, il est préférable de choisir une seule méthode et d’utiliser cette voie pour toutes les doses prises dans le cadre d’une IVG médicamenteuse.

Une fois absorbé dans le sang, le Misoprostol se transforme en acide misoprostolique, ce qui entraîne de fortes contractions de l’utérus, et provoque le ramollissement et la dilatation du col utérin. Ces deux processus facilitent l’expulsion des produits de conception.

Le Misoprostol est un composé relativement résistant à la chaleur (surtout comparé à l’oxytocine) mais il peut se détériorer rapidement dans des conditions de forte humidité et de températures élevées. Il est par conséquent important que les comprimés de Misoprostol soient conditionnés sous emballage blister avec double couche d’aluminium et conservés dans un endroit frais et sec.

Les crampes et saignements commenceront généralement à se faire sentir 1 à 2 heures à partir du moment où les premiers comprimés de Misoprostol ont été absorbés dans le corps. Dans la plupart des cas, la grossesse sera interrompue dans un délai de 24 heures à partir de la dernière prise de comprimés Misoprostol, mais il est possible que l’avortement prenne plus de temps.

Remarque: l’avortement médicamenteux est parfois appelé IVG médicamenteuse, avortement pharmaceutique ou pilule abortive. Il est important de remarquer que l’avortement médicamenteux se distingue de la contraception d’urgence ou « pilule du lendemain ». La pilule du lendemain est un moyen de contraception qui empêche la grossesse.

2.2 Continuum de la sécurité dans le cadre de l’IVG médicamenteuse

Dans le passé, la définition de la sécurité dans le cadre d’un avortement s’intéressait à trois aspects – les connaissances du professionnel de la santé, les compétences médicales ou chirurgicales du professionnel de la santé, et la sécurité de l’environnement dans lequel l’avortement est réalisé. Force est de constater toutefois qu’avec l’entrée en jeu de l’IVG médicamenteuse, ce paradigme de la sécurité a évolué. Une IVG médicamenteuse médicalisée repose désormais sur des connaissances précises concernant le processus de la grossesse, l’action des médicaments utilisés et une posologie et une administration adéquates. Cela signifie que les autres aspects de la sécurité, comme l’environnement et les compétences chirurgicales du professionnel de la santé, sont moins susceptibles d’avoir un impact sur la sécurité et l’issue du processus de l’IVG médicamenteuse. Ainsi, lorsque les pharmaciens ou le personnel de pharmacie ont des connaissances solides sur les trois facteurs susvisés, ils peuvent soutenir les femmes de manière efficace pour réaliser un avortement sans risque.

Alors que le Mifépristone et le Misoprostol sont tous deux (s’ils sont utilisés correctement) des médicaments très sûrs, cela ne signifie pas qu’ils ne présentent aucun risque. Des dosages incorrects des médicaments pour un avortement médicamenteux peuvent souvent entraîner des situations potentiellement dangereuses, notamment dans le cas du Misoprostol. Étant donné que, pendant la grossesse, la sensibilité de l’utérus au Misoprostol augmente de manière radicale en même temps que l’âge gestationnel, il faut noter que des doses plus importantes sont nécessaires pour déclencher l’avortement en début de grossesse (au cours du premier trimestre). La dose de Misoprostol doit êtreéduites au fur et à mesure de l’avancée de la grossesse, en fonction de l’âge gestationnel.

L’administration d’une dose insuffisante de Misoprostol en début de grossesse pourrait résulter en un avortement incomplet, causant des effets indésirables graves comme des saignements ou une infection. L’administration d’une dose de Misoprostol plus importante que celle nécessaire peut donner lieu à une sur-stimulation de l’utérus, causant une éventuelle rupture utérine qui peut menacer la vie de la femme.

Lorsqu’une IVG médicamenteuse médicalisée est envisagée, il est important de prendre en compte chacun des aspects suivants : vérification des conditions médicales à remplir, l’administration de médicaments appropriés, la fourniture de soins d’accompagnement, et la communication d’informations exhaustives et précises aux client(e)s.

Ces quatre aspects de l’IVG médicamenteuse seront examinés dans la suite de cette formation. Chaque aspect est déterminant pour fournir aux femmes une expérience sans risque et de haute qualité.

Leçon 3 : examen des clientes

Leçon 3 : examen des clientes



Dans cette leçon, nous discuterons de l’importance de l’examen des clientes dans le cadre de l’IVG médicamenteuse. Nous identifierons également les objectifs clés de l’examen, et la manière d’atteindre ces objectifs de manière simple et efficace. À la fin de cette leçon, vous saurez expliquer l’importance et les objectifs de l’examen des clientes en vue d’une IVG médicamenteuse dans le cadre d’une pharmacie.


3.1) Importance de l’examen

L’examen des clientes renvoie à une interaction courte et ciblée entre le personnel de pharmacie et la cliente pour s’assurer qu’elle remplit les conditions requises, sur le plan médical, pour recevoir les médicaments et qu’elle peut procéder à un avortement médicamenteux avec un soutien et une supervision minimes, voire même sans soutien ni supervision.

L’objectif de l’examen : l’objectif principal de l’examen est de s’assurer que les médicaments et informations pertinents soient fournis aux femmes pour garantir que le processus d’avortement médicamenteux est sans risque ; il permet en outre de réduire le risque de complications évitables et augmente les chances d’avoir un avortement réussi.

Dans la plupart des cas, il existe une interaction entre le pharmacien et la cliente lorsque des médicaments sont requis pour l’IVG médicamenteuse. Le personnel de la pharmacie doit se servir de cette interaction pour obtenir des informations au sujet de la santé et de la grossesse de la femme pour s’assurer que la cliente remplit les conditions médicales requises pour pouvoir bénéficier d’une IVG médicamenteuse.

Le personnel de la pharmacie doit expliquer brièvement pourquoi il doit vérifier que les conditions sont remplies. Quelques questions structurées permettront d’obtenir les réponses permettant de déterminer si les conditions sont bien remplies. Des exemples de questions sont inclus dans la section suivante dans la section sur les objectifs et peuvent être modifiés par les pharmaciens en fonction du contexte local, des coutumes et des normes.

Dans certains cas, il est probable que la personne qui obtient les médicaments pour l’IVG médicamenteuse de la pharmacie ne soit pas la femme qui a l’intention de prendre les médicaments. Dans ce cas, il est important que le pharmacien explique à cette personne l’importance de déterminer si les conditions requises sont bien remplies. Le pharmacien peut fournir une liste de questions au client/à la cliente qui pourra évaluer lui-même/elle-même si les conditions sont bien remplies, puis administrer la dose appropriée de médicaments.

3.2) Objectifs de l’examen des clientes

L’objectif principal de l’examen des clientes est d’améliorer la sécurité et la qualité du service d’IVG médicamenteuse.

Objectif 1 de l’examen : évaluer correctement le nombre de semaines d’aménorrhée (ou âge gestationnel) pour confirmer la dose de médicaments pour l’IVG médicamenteuse, notamment pour le Misoprostol

Les dosages de l’IVG médicamenteuse doivent correspondre à la durée de la grossesse pour permettre un avortement efficace et sans risque. La dose appropriée de Misoprostol réduira le risque d’un échec de la procédure si les doses sont faibles, ou le risque d’une sur-simulation utérine si les doses sont trop élevées.

Demandez à la femme quand était le premier jour de ses dernières règles et calculez, à l’aide d’un calendrier, le nombre de semaines à compter de ses dernières règles jusqu’à la date où les médicaments sont susceptibles d’être pris. Des recherches réalisées dans divers contextes indiquent que l’utilisation de la date des dernières règles pour déterminer la durée de la grossesse est une méthode exacte et acceptable. Dans la plupart des cas, les femmes sont capables de se souvenir de la date de leurs dernières règles avec une précision raisonnable.

Assurez-vous que la grossesse n’est pas supérieure à 10 semaines d’après vos calculs. Si d’après vos calculs, la grossesse est de maximum 10 semaines, vous pouvez sans problèmes prescrire des médicaments tel qu’indiqué dans la leçon 4.

Si d’après vos calculs, la grossesse est susceptible d’avoir dépassé 10 semaines, alors ne prescrivez pas les médicaments, conformément au protocole de la leçon 4. Vous devez ajuster la dose de Misoprostol en fonction de l’âge gestationnel ou demander à la femme d’obtenir des soins avec consultation médicale.

Objectif 2 de l’examen : identifier les contre-indications de la prise de médicaments pour une IVG médicamenteuse

Comme tous les médicaments, le Mifépristone et le Misoprostol présentent des contre-indications, comme par exemple une allergie connue au Mifépristone, au Misoprostol ou à d’autres prostaglandines ou l’existence d’une certaine affection médicale qui exclue la prise de ces médicaments.

Les contre-indications à la prise du Mifépristone comprennent :

  • Un traitement actuel à long termeaux corticostéroïdes systémiques
  • Une insuffisance surrénale chronique
  • La porphyrie héréditaire
  • Des troubles hémorragiques
  • Un traitement anticoagulant actuel
  • Une intolérance ou une allergie au Mifépristone

Les contre-indications au Misoprostol comprennent :

  • Une intolérance ou une allergie connue au Misoprostol ou à d’autres prostaglandines.

En cas de contre-indication à la prise de Mifépristone, un schéma thérapeutique basé sur le Misoprostol seul peut être utilisé sans risques, à condition qu’il n’existe aucune contre-indication à la prise de Misoprostol.

Afin d’identifier les contre-indications aux médicaments administrés dans le cadre de l’IVG médicamenteuse, suivez les étapes suivantes :

  • Demandez à la femme si elle souffre d’une allergie quelconque aux prostaglandines ou au Mifépristone. Vous pouvez également lui demander si elle souffre d’autres allergies à des médicaments, afin de déterminer si d’autres médicaments d’appoint peuvent ou ne peuvent pas être administrés.
  • Demandez-lui si elle prend des anticoagulants ou si elle a tendance à saigner longtemps après une blessure quelconque. Dans l’affirmative, approfondissez pour déterminer si elle présente des troubles hémorragiques.
  • Si l’existence d’un trouble hémorragique héréditaire constitue une contre-indication à l’IVG médicamenteuse, la prise d’aspirine ou de Clopidrogel (un antiplaquettaire) à faibles doses n’est généralement pas une contre-indication absolue aux médicaments administrés dans le cadre d’une IVG médicamenteuse. Alors qu’aucune étude récente n’a étudié le risque de saignement dans un cas comme dans l’autre chez les femmes qui ont une IGV, en général l’aspirine à faibles doses n’augmente pas la gravité des complications hémorragiques ou la mortalité péri-opératoire. Toutefois, si une femme prend de l’aspirine et du Clopidrogel à faibles doses, elle doit faire l’objet d’une évaluation médicale avant la prise de médicaments pour une IVG médicamenteuse.
  • La prévalence de porphyrie varie d’une population à l’autre ; il s’agit d’une affection difficile à dépister en l’absence d’équipements avancés pour réaliser les tests et lorsque les consultations ne sont pas fréquentes. Même dans les centres médicaux, il arrive que cette affection ne soit diagnostiquée que rétrospectivement, après la prise des médicaments. Il est par conséquent important d’en avoir conscience et d’informer la cliente que les médicaments administrés pour l’IVG médicamenteuse peuvent déclencher une crise aigüe.

En plus des conditions susvisées, il est important de noter qu’il existe un certain nombre d’autres affections médicales qui peuvent nécessiter une supervision ou une assistance médicale au cours d’une IVG médicamenteuse. Les pharmaciens doivent y être sensibilisés et recommander aux clientes d’obtenir les soins médicaux appropriés.

Objectif 3 de l’examen : S’assurer que la femme n’a pas de stérilet en place.

Parfois, et même avec un stérilet, les femmes peuvent tomber enceintes. Dans ces cas, le stérilet doit être retiré avant l’administration de médicaments pour l’IVG médicamenteuse. Les contractions causées par le Misoprostol peuvent entraîner des dommages à l’utérus (comme une perforation) si le stérilet est à l’intérieur de l’utérus.

Demandez à la femme si elle a actuellement un stérilet ou si elle a déjà eu un stérilet qui n’a pas été retiré. La plupart des femmes s’en souviendront et peuvent sentir le fil. Dites-lui qu’il doit être retiré (par la femme ou par un professionnel de santé dans un centre médical) avant de prendre la première dose de médicaments pour l’IVG médicamenteuse.

Expliquez les risques de la prise d’un médicament pour IVG médicamenteuse lorsqu’un stérilet est placé dans l’utérus.

Objectif 4 de l’examen : expliquer que l’IVG médicamenteuse ne fonctionnera pas en cas de grossesse extra-utérine et que la femme doit consulter un médecin immédiatement en cas de grossesse extra-utérine.

L’autre condition médicale pouvant présenter un risque grave pour la réussite d’un avortement médicamenteux, est la grossesse extra-utérine. Comme la grossesse extra-utérine est différente d’une grossesse normale, les médicaments administrés (tant le Mifépristone que le Misoprostol) dans le cadre d’un avortement médicamenteux ne seront pas efficaces pour interrompre une grossesse extra-utérine. La femme doit consulter un médecin immédiatement en cas de grossesse extra-utérine – le traitement pour cette condition est légal dans tous les pays et offert dans le cadre des soins obstétriques.

Il est difficile, voire impossible, de diagnostiquer une grossesse extra-utérine sans un examen interne ou une échographie. Une grossesse extra-utérine (notamment une grossesse tubaire) rompue peut causer des saignements internes pouvant entraîner la mort. Donc, même si cette condition médicale ne peut être évaluée dans le cadre d’une visite à la pharmacie, le pharmacien doit être conscient de cette éventualité et informer la cliente de manière à ce qu’elle identifie et obtienne le traitement adéquat.

Leçon 4 : administration de médicaments pour l’IVG médicamenteuse

Leçon 4 : administration de médicaments pour l’IVG médicamenteuse



Dans le cadre de cette leçon, nous discuterons et étudierons ce qui doit être pris en compte à l’heure d’administrer les médicaments pour une IVG médicamenteuse. À la fin de cette leçon, vous saurez administrer les médicaments correctement, connaîtrez leurs posologies et voies d’administration dans le cadre d’un avortement au cours des 10 premières semaines de grossesse.


4.1) Facteurs à prendre en compte :

L’examen de contrôledevrait vous avoir permis d’évaluer la durée de la grossesse et d’établir si la cliente remplit les conditions pour une IVG médicamenteuse.

Il existe deux possibilités dans le cadre d’une IVG médicamenteuse, qui dépendent de la situation locale et de la disponibilité des médicaments
Option 1 : un traitement en association du Mifépristone suivi du Misoprostol
Option 2 : plusieurs doses de Misoprostol seul

Lorsque les deux options sont disponibles, des informations sur leur efficacité doivent être fournies à la cliente, accompagnées des coûts y afférents pour lui permettre de choisir l’option qu’elle préfère

Mifépristone et Misoprostol Misoprostol seul aux fins d’une IVG médicamenteuse
Très efficaces, si administrés au cours des 10 premières semaines de grossesse (95 % - 99 %), avec un taux de réussite comparable à l’aspirati Efficace avec des taux de réussite situés entre 75 et 90 %
Le risque que la grossesse continue en effet secondaire de cette méthode est très faible (<1 %) Le risque que la grossesse continue même après le traitement prescrit est assez important, environ 5 à 7 %
Plus onéreux car deux types de médicaments sont utilisés Susceptible d’être moins onéreux

4.2) Comment prendre les pilules abortives : Mifépristone + Misoprostol

Lorsque le Mifépristone et le Misoprostol sont tous deux administrés, veillez à ce que le traitement intégral soit administré à la cliente. Ne pas administrer une partie du traitement uniquement, car cela ne sera pas efficace.

Administrez un comprimé de Mifépristone 200 mg et quatre comprimés de Misoprostol 200 mcg à la cliente avec les instructions suivantes sur la prise :

Étape 1 : avaler un comprimé de Mifépristone 200 mg avec de l’eau. Certaines femmes (jusqu’à 40 %) peuvent souffrir de nausées après la prise de Mifépristone. Si la cliente vomit dans l’heure qui suit l’ingestion du comprimé de Mifépristone, il sera sans effet et elle doit reprendre une dose. Si la cliente vomit plus d’une heure après avoir avalé le comprimé de Mifépristone, le médicament aura été suffisamment absorbé pour déclencher l’avortement et elle ne devra pas reprendre une autre dose.

Étape 2 : attendre 24 à 48 heures. Vous devez informer la cliente qu’elle doit attendre 24 heures avant de prendre le Misoprostol, mais ne doit pas attendre plus de 48 heures. Pendant cette attente, elle peut continuer ses activités normales, comme s’occuper de sa famille ou aller travailler ou à l’école. Moins de 10 % des femmes souffrent de saignements ou de crampes après l’administration du Mifépristone.

Étape 3 : après 24 heures mais avant 48 heures, boire de l’eau pour hydrater la bouche. Placer 4 comprimés de Misoprostol (200 mcg chacun) entre la joue et la gencive inférieure (2 comprimés de chaque côté) ou directement sous la langue.

Étape 4 :  laisser les comprimés de Misoprostol contre la joue ou sous la langue pendant 30 minutes. Ils peuvent dessécher la bouche ou donner un goût pâteux lorsqu’ils se dissolvent. Ne pas manger ni boire pendant ces 30 minutes. Avaler toute sécrétion buccale normalement et ne rien cracher pendant ces 30 minutes.

Étape 5 :  au bout de ces 30 minutes, rincer la bouche à l’eau et avaler ce qui reste des comprimés.

4.3) Comment prendre les pilules abortives : Misoprostol seul

Lors de l’administration du Misoprostol seul – veillez à ce que le traitement intégral soit administré à la cliente. Comme il est difficile d’identifier les femmes qui auront besoin de doses supplémentaires et le nombre de ces doses, fournir une dose inférieure à la dose complète peut résulter en un taux de réussite de l’interruption de grossesse moins élevé et entraîner des effets secondaires.

Administrez 12 comprimés de Misoprostol 200 mcg à la cliente avec les instructions suivantes sur la manière de les prendre. Lors de l’administration des comprimés, ne les retirer de leur emballage blister et dire à la cliente de retirer les médicaments de leur emballage, juste avant de les mettre dans sa bouche.

Étape 1 :  Boire de l’eau pour hydrater la bouche. Mettre les 4 comprimés directement sous la langue et les faire dissoudre. Les placer sous la langue pendant 30 minutes. Ils peuvent dessécher la bouche ou donner un goût pâteux lorsqu’ils se dissolvent. Ne pas manger ni boire pendant ces 30 minutes. Avaler toute sécrétion buccale normalement et ne rien cracher pendant ces 30 minutes.

Au bout de ces 30 minutes, rincer la bouche à l’eau et avaler ce qui reste des comprimés.

Attendre 3-4 heures avant de continuer.

Étape 2 : Au bout de 3 à 4 heures, même si vous ressentez des crampes ou avez commencé à saigner, répéter l’étape 1 avec 4 comprimés en plus.

Attendre 3-4 heures après avoir terminé l’étape 2.

Étape 3 : Au bout de 3 à 4 heures supplémentaires (soit 6 à 8 heures après la première prise de Misoprostol), répéter l’étape 1 avec les 4 derniers comprimés. Veiller à terminer l’étape 3 même si vous avez des crampes et que vous saignez et pouvez voir les produits de conception sortir.

Leçon 5 : soins d’accompagnement fournis dans le cadre d’une IVG médicamenteuse

Leçon 5 : soins d’accompagnement fournis dans le cadre d’une IVG médicamenteuse



Dans le cadre de cette leçon, nous discuterons des autres formes de soins pouvant être fournis aux femmes subissant une IVG médicamenteuse. Les informations contenues dans cette leçon vous aideront à aider les clientes à gérer les effets secondaires prévus et indésirables d’un avortement médicamenteux, et à améliorer la satisfaction des clientes ayant subi une IVG médicamenteuse.


En plus de fournir des médicaments pour une IVG médicamenteuse, en tant que pharmacien, vous pouvez mettre en œuvre d’autres mesures pour offrir une expérience positive et confortable aux clientes subissant une IVG médicamenteuse. Ces mesures font partie intégrante d’un service de haute qualité et assure la satisfaction des clientes.

Les symptômes les plus courants apparaissant dans le cadre d’une IVG médicamenteuse incluent les crampes et les saignements. Ces deux symptômes sont essentiels et prévus dans le processus de l’avortement médicamenteux. Il est important que toutes les femmes soient au courant de ces deux symptômes et bénéficient des soins d’accompagnement appropriés à l’avance pour les aider à mieux gérer ces symptômes.

En plus de ces symptômes, comme pour tout autre médicament, certaines femmes pourront ressentir des effets secondaires indésirables et susceptibles d’avoir un impact sur leur expérience générale d’une IVG médicamenteuse. Il est important que les femmes soient au courant des symptômes prévus, nécessaires pour la réussite de l’avortement, ainsi que des effets secondaires que la prise des médicaments peut entraîner.

Alors que les effets secondaires graves ou prolongés sont rares, les effets secondaires mineurs peuvent être courants au cours d’une IVG médicamenteuse. Pour la plupart des femmes, ces effets disparaissent généralement 4 à 6 heures après la prise du Misoprostol. Les effets secondaires de l’IVG médicamenteuse ne sont pas des symptômes à long terme.

Les soins d’accompagnement visent à gérer de manière efficace les symptômes et les effets secondaires dus aux médicaments de l’IVG médicamenteuse et aident à fournir aux clientes une expérience sans risque et plus confortable.

5.1) Comment gérer les symptômes prévus

Avant de commencer le processus d’avortement, il faut s’assurer que la femme est au courant de ce qui suit :

  • Elle ne doit pas s’inquiéter si elle saigne plus, ou si elle a plus de crampes que pendant ses règles
  • Elle peut boire et manger normalement après la prise du médicament.
  • Elle doit essayer de rester dans un endroit confortable jusqu’à ce qu’elle se sente mieux.
  • Elle doit savoir distinguer la différence entre les effets secondaires et les signes d’alerte
  • Vous pouvez lui fournir les médicaments et les recommandations sur la manière de gérer les effets secondaires, mais elle doit avoir un plan bien conçu et conforme à la situation de son pays au cas où des soins médicaux d’urgence s’avéreraient nécessaires.
  • La plupart des femmes se sentent mieux en moins de 24 heures.

Il est important d’informer la femme que la plupart des effets secondaires sont plus susceptibles d’être associés au Misoprostol (qu’auMifépristone) et c’est pour cela qu’elle doit s’arranger pour être dans un endroit sécurisé, confortable et privé, avant la prise du Misoprostol.

Les symptômes prévus incluent :

Les crampes
La plupart des femmes ressentent des douleurs abdominales et des crampes dans les 30 minutes qui suivent la prise du Misoprostol. Les crampes sont le signe que l’utérus a commencé à se contracter et qu’il est sur le point d’expulser l’œuf. C’est un signe de l’efficacité des médicaments. Les crampes sont généralement associées aux douleurs. Le niveau des douleurs varie beaucoup et est lié à la durée de la grossesse, à la force des contractions utérines, aux niveaux d’anxiété et aux limites de la tolérance à la douleur de la personne.

Saignements
a plupart des femmes subissent des saignements étroitement associés aux crampes. Si moins de 10 % des femmes subissent des saignements après la prise du Mifépristone, la plupart des femmes commencent à saigner après la première dose de Misoprostol. Une fois qu’ils ont commencé, les saignements peuvent durer plusieurs heures et atteignent leur pic au moment de l’expulsion de l’œuf. Des caillots de sang ou de tissus peuvent être présents pendant le processus et cela ne doit pas être une source d’inquiétudes.

La quantité et le rythme des saignements varient d’une femme à l’autre et sont liés à la durée de la grossesse. Pour la plupart des femmes, les saignements deviennent moins abondants 1 à 2 heures après l’expulsion de l’œuf, et continuent pendant une à deux semaines, diminuant graduellement en intensité. Certaines femmes subissent des saignements ou des pertes légères jusqu’à près de quatre semaines après la prise des pilules abortives.

Ces deux symptômes sont utiles parce qu’ils signifient que les médicaments ont été efficaces. Pour faciliter l’expérience et soulager les crampes, des antalgiques doivent être fournis.

Instructions à donner sur la manière de gérer la douleur dans le cadre d’un avortement médicamenteux :

  • Donner des conseils généraux ou suggérer des méthodes non-médicales pour réduire la douleur et l’anxiété : être dans un endroit confortable, écouter de la musique, éviter les travaux lourds, et placer une bouillotte sur l’abdomen (comme celles utilisées pendant les règles).
  • Proposer des antalgiques à toutes les femmes subissant une IVG médicamenteuse. Ils doivent être idéalement administrés en même temps que le Mifépristone et/ou le Misoprostol. Les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’Ibuprofen, le Diclofenac, etc. sont très efficaces pour atténuer les douleurs ressenties dans le cadre d’un avortement médicamenteux chez la plupart des femmes. Le dosage recommandé pour les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens courants est :

    • Ibuprofen – 400 – 800 mg toutes les 6-8 heures (dose maximale de 3200 mg en 24 heures)
    • Diclofenac sodique – 50 mg toutes les 12 heures (dose maximale de 150 mg en 24 heures)

Pour garantir que les antalgiques pris par voie orale soient le plus efficace possible, ils peuvent être pris 30 à 45 minutes avant la prise du Misoprostol. Les femmes doivent être informées que les antalgiques doivent être pris à l’avance car ils mettent du temps à faire effet. Elles ne doivent pas attendre que la douleur soit insupportable avant de prendre ces médicaments. Il est important de noter que le paracétamol (oral ou rectal) est inefficace pour atténuer les douleurs dans le cadre d’un avortement médicamenteux.

5.2) Comment gérer les effets secondaires courants

En plus des effets abordés ci-dessus, le Misoprostol peut également avoir des effets secondaires désagréables. L’incidence et la gravité des effets secondaires sont liées à la voie d’administration du Misoprostol. Les administrations buccale et sublinguale sont généralement associées à de fortes incidences d’effets secondaires signalées. Il est par conséquent important d’informer et de soutenir les femmes dans la gestion de ces effets secondaires indésirables pour qu’elles bénéficient d’une expérience plus confortable.

Nausées et vomissements
Les nausées, les vertiges et les vomissements peuvent survenir chez certaines femmes et se résorbent au bout de 2 à 6 heures après la prise du Misoprostol. Parfois, les nausées dues à la grossesse peuvent s’aggraver avec l’administration de Misoprostol ou entraîner des confusions. Cela peut être très incommodant pour les femmes et peut entraîner des vomissements et une déshydratation. Ces symptômes se réborbent généralement lorsque la grossesse est terminée et que les effets du Misoprostol ont diminué.

Pour aider à gérer la nausée, il est important de fournir par ailleurs des conseils d’accompagnement, par exemple suggérer de consommer des produits alimentaires secs et légers. Des médicaments supplémentaires comme le Dompéridone, l’Ondansetron et le Métaclopromide peuvent être administrés (étant donné qu’il n’existe pas de contre-indication à leur utilisation) à la cliente pour gérer ces effets secondaires.

Vertiges
Jusqu’à 20 % des femmes prenant du Misoprostol peuvent subir des vertiges qui ne seront pas toujours expliqués. Cet effet secondaire peut être soulagé si l’on veille à ce que ces femmes n’aient pas faim et qu’elles soient allongées.

Crampes d’estomac et diarrhée
Certaines femmes (jusqu’à 40 % d’entre elles) sont également susceptibles d’avoir une diarrhée légère à modérée, un autre effet secondaire désagréable du Misoprostol. Dans certains cas, la prise de Misoprostol avec des aliments peut aider à limiter ce symptôme. Alors que ces symptômes sont normalement spontanément résolutifs en l’espace d’un jour après la dernière dose de Misoprostol, d’autres médicaments comme le Lopéramide peuvent être administrés pour aider les femmes à gérer ce symptôme.

Température et frissons
L’apparition de la fièvre est liée au dosage de Misoprostol et à la voie d’administration (les incidences les plus élevées étant observées dans les voies d’administration sublinguales à doses élevées). Des variations génétiques semblent toutefois exister entre les groupes ethniques. La plupart des femmes optant pour une voie d’administration sublinguale subissent une augmentation passagère de la température du corps avec des frissons. La température atteint un pic 1 à 2 heures après la prise de Misoprostol et redescend généralement dans les 8 heures suivant la dernière dose. L’Ibuprofen pris comme antalgique aide généralement à réduire cet effet secondaire. Si ce traitement n’es pas adéquat et que la fièvre est désagréable, le paracétamol peut également être utilisé en plus de l’Ibuprofen. Cependant, il est important de limiter la prise totale de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens au cours d’une période de 24 heures.

Leçon 6 : fourniture d’informations exhaustives et précises

Leçon 6 : fourniture d’informations exhaustives et précises



Dans cette dernière leçon, nous discuterons d’autres informations clés que vous devez connaître pour assurer de bons résultats aux femmes subissant une IVG médicamenteuse . Lorsque vous aurez terminé ce module, vous pourrez fournir des réponses claires et précises aux questions les plus couramment posées au sujet de l’avortement médicamenteux, aider les femmes à identifier les signes d’alerte, et gérer les questions des client(e)s qui reviennent à la pharmacie pour demander des informations après un avortement médicamenteux.


6.1) Durée de l’avortement

Les produits de la grossesse sont normalement expulsés dans les 24 heures suivant la dernière prise de Misoprostol. Le processus d’avortement dans son ensemble peut toutefois se poursuivre dans les jours qui suivent, le processus se terminant au bout de 7 jours pour la majorité des femmes. Le processus est susceptible de se poursuivre parfois pendant une courte période au-delà des 7 jours. Étant donné que le début et la durée des saignements et des crampes varient d’une femme à l’autre, il est très difficile de prévoir l’expérience de chaque femme. Si la femme expulse les produits de conception, sans présenter de signes d’alerte, et que ses symptômes de grossesse diminuent ou disparaissent, il n’y a rien d’autre à faire.

Les saignements les plus abondants surviennent généralement pendant l’avortement même. La plupart du temps, ces saignements sont plus abondants que ceux qui surviennent pendant des règles douloureuses avec des crampes. Les saignements et les crampes diminuent après l’expulsion des produits de conception. Des saignements similaires en quantité aux saignements survenant durant les règles continueront jusqu’à deux semaines après l’avortement. L’intensité des saignements doit toutefois diminuer avec le temps.

Visite de suivi après un avortement médicamenteux

Les femmes prenant du Mifépristone et du Misoprostol n’ont généralement pas besoin de visite de suivi auprès d’un professionnel de la santé, si elles ne ressentent plus les symptômes de grossesse après l’avortement, si elles sont en bonne santé et si leurs saignements ne sont pas abondants.

Cependant, avec un traitement au Misoprostol seul dans le cadre de l’avortement médicamenteux, jusqu’à 10 % des femmes sont susceptibles de continuer leur grossesse – cas dans lequel le Misoprostol n’a pas eu d’effet et n’a pas mis un terme à la grossesse. Il faut donc conseiller aux femmes qu’elles aient une visite de suivi après 7 jours, auprès d’un professionnel de la santé, pour s’assurer que le processus est terminé et qu’elles n’ont pas besoin de soins supplémentaires.

Certaines situations locales peuvent rendre cette visite de suivi difficile, en raison de la stigmatisation intense ou de la situation légale. Les pharmaciens peuvent, soit fournir des informations sur les docteurs, les infirmières ou les sages-femmes qui sont connus pour les soins médicaux qu’ils prodiguent, soit conseiller aux clientes de consulter un professionnel dans un centre médical et de dire qu’elles ont fait une fausse couche.

6.2) Signes d’alerte et comment les gérer

  • Des saignements excessifs : devoir utiliser plus de deux serviettes hygiéniques par heure, pendant deux heures de suite, surtout s’ils sont accompagnés de vertiges, d’étourdissements et d’une sensation de fatigue de plus en plus intense.
  • Pas de saignement ou des saignements peu abondants (comme des règles très peu abondantes) après une prise de Misoprostol (possibilité de grossesse extra-utérine)
  • Fièvre de 38°C ou plus ou fièvre le lendemain du jour où la dernière dose de Misoprostol a été prise
  • Pertes vaginales malodorantes
  • Fortes douleurs abdominales le lendemain d’une prise de Misoprostol
  • Avoir très envie de vomir avec ou sans fièvre, et nausées sévères persistantes, vomissements ou diarrhée pendant plus de 24 heures.

La présence de l’un de ces signes d’alerte chez une femme signifie probablement un effet secondaire et celle-ci doit immédiatement demander à être soignée dans un centre médical. Dans la plupart des cas, une intervention limitée par un professionnel de la santé formé est suffisante pour traiter les conditions susmentionnées. Même si cela reste très rare, l’hospitalisation de la femme est parfois nécessaire, ainsi qu’une intervention chirurgicale supplémentaire, une transfusion sanguine ou des soins avancés.

À la fin d’une interaction avec une cliente qui a obtenu des médicaments pour un avortement médicamenteux auprès de vous, veuillez vérifier si:

  1. La femme comprend quand et comment utiliser les comprimés de Mifépristone et/ou de Misoprostol avant de quitter la pharmacie.
  2. La femme comprend quand et comment s’auto-administrer des médicaments supplémentaires, y compris des médicaments pour gérer la douleur.
  3. La femme comprend quand contacter un professionnel de la santé en cas de signes d’alerte.

6.3 Clientes qui reviennent – scénarios courants et comment fournir des informations

Dans certains contextes, il est possible que des femmes reviennent à la pharmacie quelques jours, voire quelques semaines, après l’achat de médicaments pour IVG médicamenteuse avec des questions, un retour ou des inquiétudes. Vous trouverez ci-dessous les scénarios les plus courants auxquels les pharmaciens et le personnel de pharmacie pratiquant l’IVG médicamenteuse sont confrontés.

  1. Saignements légers, voire inexistants, après la prise des médicaments pour IVG médicamenteuse :
    Ce scénario peut correspondre à une ou plusieurs des affections suivantes :
    • La possibilité d’une grossesse extra-utérine. L’absence de saignement et d’expulsion des produits de conception après l’IVG médicamenteuse est le signe probable d’une grossesse extra-utérine et il faut conseiller à la femme de consulter un médecin immédiatement dans un centre médical.
    • L’IVG médicamenteuse a échoué. Dans une petite minorité de cas, et ce pour diverses raisons, le traitement pour un avortement médicamenteux échoue, même si la femme a suivi toutes les instructions données. Dans ces cas, la femme doit être informée que ces médicaments peuvent être dangereux si la grossesse est menée à terme et qu’il est par conséquent important qu’elle consulte un médecin immédiatement pour réévaluer les options qui s’offrent à elle.
    • Déformations utérines. Dans certains cas plus rares, la forme anormale de l’utérus peut limiter les saignements à la suite d’une IVG médicamenteuse. Cela peut uniquement être identifié et géré au moyen d’une échographie ou d’autres techniques d’imagerie. Dans ce cas, il faut conseiller aux femmes de consulter un professionnel de la santé compétent.
  2. Saignement abondants ininterrompus même au bout de 7 jours :
    Si les saignements ne diminuent pas et le rythme auquel le sang s’écoule ne change pas au bout de 7 jours après une IVG médicamenteuse, la femme se faire examiner par un professionnel de santé pour s’assurer que l’avortement a bien été réalisé. Dans la plupart des cas, l’avortement a échoué et des produits de conception sont restés dans l’utérus, ce qui cause les saignements. En outre, les femmes présentant des fibromes sous-muqueux sont susceptibles de continuer à avoir des saignements abondants. Il faut alors leur conseiller de se faire soigner dans un centre médical.
  3. Signes et symptômes de continuation d’une grossesse
    Lorsque les femmes signalent ce scénario après un traitement pour un avortement médicamenteux basé sur le Misoprostol seul – il est très probable que cela indique un échec de l’IVG médicamenteuse. Dans ce cas, la femme doit être informée que ces médicaments peuvent être dangereux si la grossesse est menée à terme et qu’il est par conséquent important qu’elle consulte un médecin immédiatement pour réévaluer les options qui s’offrent à elle. Selon la situation locale et la disponibilité d’autres professionnels compétents en matière d’avortement, vous pouvez soit l’orienter vers un professionnel de l’avortement compétent aux fins d’une IVG chirurgicale ou administrer de nouveau un traitement pour un avortement médicamenteux, en fonction du choix de la cliente.
  4. 1. Le test de grossesse urinaire montre un résultat positif – que dois-je faire ?
    La plupart des femmes sont susceptibles de faire un test de grossesse urinaire quelques jours après une IVG médicamenteuse pour s’assurer que la grossesse a bien été interrompue. Un test de grossesse urinaire de routine (vendu dans la plupart des pharmacies) est conçu de manière à montrer un résultat positif même lorsque le taux d’hormones de grossesse (beta-HCG, l'hormone chorionique gonadotrope humaine) présent est faible. Étant donné que l’hormone met jusqu’à 3 semaines à disparaître après une interruption d’une grossesse à moins de 10 semaines de gestation, il est possible que le test de grossesse urinaire continue de montrer un résultat positif. Expliquez ce raisonnement et rassurez la cliente. Demandez-lui de vérifier de nouveau 3 semaines plus tard pour en avoir la certitude. Dites-lui également que la disparition des symptômes de grossesse est également un bon indicateur de la réussite de l’avortement médicamenteux.

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